La Vie rêvée d’Ernesto G. de Jean-Michel Guenassia

En ce début avril, je peux enfin vous présenter mon 1er coup de cœur de l’année, La Vie rêvée d’Ernesto G. de Jean-Michel Guenassia ! Son précédent roman fut déjà l’un de mes chouchous de l’année 2012 et donc, j’attendais avec impatience, et un peu d’appréhension aussi il faut bien l’avouer, la sortie poche de son 2e opus.

Guenassia_ErnestoG

Dans ce roman, nous suivons le périple de Joseph Kaplan [oui, oui, … Joseph K…], médecin juif pragois qui, tout au long du 20e siècle, va prendre part aux grandes utopies qu’ont connues les mondes politique et médical. D’abord à Paris, puis à Alger, Joseph se fait remarquer pour son dévouement à la recherche médicale et son incroyable talent de danseur, ce qui lui vaut les faveurs des jeunes femmes et l’admiration des hommes.

Mais tout au long de sa vie, Joseph va devoir se confronter à ses idéaux, allant jusqu’à les remettre totalement en question. Ballotté par la Grande Histoire, il va perdre de vue certaines personnes importantes de sa vie, mais ne cessera jamais de garder l’espoir d’une vie meilleure. En 1966, il fait la connaissance d’un autre grand médecin qui, lui, a fait le choix d’abandonner son métier pour défendre ses idéaux à travers le monde. Cette rencontre va bouleverser à jamais la vie de Joseph et de sa famille, pourtant devenue alors paisible et rangée. 

Encore une fois, sur près de 600 pages la magie narrative de Guenassia opère ! Le lecteur voyage d’un continent à l’autre, d’une époque à l’autre, sans connaître le moindre temps mort. Dans ce second roman, il me semble qu’il y a moins de personnages que dans le précédent. Cela permet à l’auteur de leur offrir, à chacun, un traitement en profondeur, rendant ainsi le récit d’autant plus réaliste. J’aime particulièrement Héléna, dont la force de caractère est impressionnante, quel que soit son âge.

Sans tomber dans le cliché, Guenassia parvient également à rendre compte de l’ambiance qui régnait dans la Tchécoslovaquie de l’URSS. Là encore, il nous ouvre les yeux [ou nous les rappelle, c’est selon] sur certaines horreurs de l’Histoire.

Vers la fin du roman, il offre aussi à son lectorat de la 1ère heure, un clin d’œil subtil au Club de incorrigibles optimistes [enfin, moi je n’ai fait le rapprochement total qu’à ce moment-là] par l’intermédiaire de l’un de ses personnages. En effet, les deux ouvrages traitent de thèmes identiques, ce qui permet à l’auteur de faire le lien.

Je ne peux donc que vous conseiller la lecture de ce très beau roman, qui je l’espère, connaîtra un aussi beau succès que son prédécesseur !

Ma notelove5

Une collection de trésors minuscules de Caroline Vermalle

Me revoici avec un roman qui m’a véritablement happée durant deux soirées : Une collection de trésors minuscules de Caroline Vermalle.

Caroline Vermalle

Frédéric Solis, jeune avocat brillant et admiré, collectionneur de tableaux impressionnistes représentant l’hiver, semble avoir une vie de rêve. Celle-ci s’écroule le jour où il reçoit un curieux héritage, une carte au trésor qui devrait le mener sur les traces d’un tableau et bien plus encore. 

Pétronille, 25 ans, étudiante en droit et assistante personnelle de Frédéric, est chargée de mener l’enquête sur le mystérieux donateur. Cependant, la jeune fille enchaîne les bourdes et pourrait bien causer du tort à son brillant patron. 

Dans cette chasse au trésor, ils vont découvrir que le bonheur n’est pas toujours où on l’attend mais qu’il réside souvent dans des choses simples et qu’il faut savoir saisir la chance lorsque celle-ci se présente. 

Je découvre Caroline Vermalle avec ce nouveau roman et j’en suis véritablement enchantée !

Cette quête est un véritable parcours initiatique commencé inconsciemment par Frédéric, bien des années plus tôt. C’est également une ode au pardon, à la famille et à l’amitié [la véritable, non pas celle qui n’est motivée que par l’intérêt]. On y découvre également la vacuité d’un monde superficiel, mondain, où l’argent ne fait pas nécessairement le bonheur et où la solidarité n’existe pas.

Une certaine poésie se dégage de ce roman, baigné par la blancheur [assez rare habituellement] de l’hiver parisien. Cette atmosphère feutrée et la quiétude qui émane des différents chapitres qui traitent de la peinture impressionniste donne envie de se (re)plonger dans les tableaux présentés. On y découvre des détails qui, jusqu’alors, n’avaient peut-être jamais attiré notre attention, comme les traces de pas dans la neige, seules choses à avoir marqué Frédéric lorsqu’il était enfant.

De plus, Caroline Vermalle parvient à doter ses personnages d’une âme puissante. Cela lui permet d’accrocher le lecteur, qui se retrouve plongé au cœur de cette quête et qui ne peut plus se dégager avant d’être parvenu au bout du chemin.

Vous l’aurez compris, je suis charmée par ce roman, que j’ai englouti comme Pétronille dévore ses choux à la crème ! Je ne peux donc que vous encourager à faire de même !

Ma note : love4

Merci à Babelio et aux éditions Belfond pour cette très jolie découverte !

Certaines n’avaient jamais vu la mer de Julie Otsuka

Aujourd’hui, je vais vous parler d’un très beau et court roman qui témoigne d’un peu assez méconnu de l’histoire, en tout cas, dans nos contrées occidentales : Certaines n’avaient jamais vu la mer de Julie Otsuka.

Otsuka_Certaines navaient jamais vu la mer

Au début du XXe siècle, des milliers de Japonaises ont été mariées, de gré ou de force, à certains de leurs compatriotes exilés aux USA. Ces derniers leur promettaient une belle vie, loin des restrictions de leur quotidien japonais. Cependant, une fois sur place, ces femmes découvraient que l’homme d’affaires qu’elles avaient épousé était en réalité une pauvre ouvrier agricole vivant à même le sol dans un camp ou encore un proxénète notoire, cherchant de la main d’œuvre gratuite. Seules, incapables de comprendre un traitre mot dans cette langue inconnue, elles devaient apprendre à survivre à cette nouvelle vie.

Julie Otsuka a pris le parti de rédiger son roman à la 1ère personne du singulier, donnant un caractère multiple à cette narration. Une manière de rendre compte du nombre important des ces femmes mais aussi de leur absence d’individualité propre. Ces femmes n’étaient souvent qu’une marchandise, qu’un outil de travail, aux yeux de leurs maris. Elles étaient là pour remplir une certaine fonction et si elles ne convenaient pas, elles étaient renvoyées d’où elles venaient. C’est ce caractère interchangeable, qui, pour moi, se cache également derrière ce « nous ».

De plus, malgré un fil conducteur qui est celui de l’adaptation de ces femmes à leur nouvelle vie et de leur évolution dans cette société américaine qui les exclut, l’auteure ne nous offre pas réellement un récit comme nous avons l’habitude d’en lire mais une énumération de situations diverses et variées. Ce procédé narratif, un peu lourd il faut l’admettre, m’a parfois fait décrocher de ma lecture, ce qui est dommage.

Otsuka2

Malgré cela, le roman dégage une certaine puissance qui m’a impressionnée. Il n’a l’air de rien avec ses 143 pages mais il est bouleversant ! Encore un texte qui me fait prendre conscience de la chance que j’ai de vivre, en tant que femme, au XXIe siècle, dans une société ouverte et respectueuse de ses droits [même s’il y a encore quelques efforts à faire, j’en conviens]. A lire !

Ma note :

love4