Le Confident d’Hélène Grémillon

Ce premier roman d’Hélène Grémillon a connu un succès bien mérité ! Conseillé et prêté par l’une de mes camarades du club de lecture [merci pour la découverte ! ;)], il avait de bons arguments pour me séduire : des secrets de famille, des histoires d’amour compliquées, le tout sur fond de Seconde Guerre mondiale.

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Camille, 35 ans, éditrice, vient de découvrir qu’elle est enceinte alors que son compagnon lui a annoncé peu de temps auparavant qu’il ne souhaitait pas avoir d’enfant. Dans le même temps, sa mère décède brutalement, suite à un accident de voiture. Alors qu’elle épluche ses lettres de condoléances, Camille découvre une lettre étrange, racontant le début d’une histoire d’amour entre deux enfants, Louis et Annie. La jeune femme ne connaît pas l’expéditeur, ni aucune personne portant de tels prénoms. Elle croit donc à une erreur. Pourtant, les semaines suivantes, elle reçoit de nouveaux courriers racontant la suite de l’histoire. Elle pense alors qu’il s’agit d’un auteur qui a trouvé une manière originale de lui faire parvenir son manuscrit. Mais peu à peu, un curieux pressentiment la pousse à croire qu’elle est intimement liée à ces gens.

Dans Le Confident, Hélène Grémillon joue avec les époques et les niveaux de narration. Le lecteur suit tour à tour Louis, Annie, Elisabeth et Camille. Chacun raconte son histoire à la première personne, que ce soit par le biais de lettres, de la retranscription d’un témoignage oral ou d’un journal. Les événements sont donc analysés suivant le point de vue de chacun, ce qui donne parfois un éclairage différent sur une scène déjà abordée.

De lettre en lettre, de révélation en révélation, le lecteur en apprend davantage sur l’existence de ces personnages et sur leur incroyable secret. Cette aura de mystère autour de Camille rend la lecture passionnante.

Au travers les épreuves et les joies des protagonistes, ce sont des sujets variés qui sont abordés : l’amour, la trahison, la maternité, la peur du regard des autres ou encore la jalousie.

Un très joli roman qui m’a tenue en haleine durant toute ma lecture. La fin, par contre, m’a laissée perplexe. Qui parle ? Que cela veut-il dire ? Une relecture du dernier passage est nécessaire pour ne pas se tromper de dénouement.

D’un point de vue forme, je suis curieuse de voir à quoi ressemble le grand format. Dans la version poche, l’éditeur a joué sur la typographie pour différencier les modes de transmission du récit. En grand format, il y aurait la possibilité de faire quelque chose de fort joli !

Ma note : 

love4

HHhH de Laurent Binet

Ce roman de Laurent Binet m’attendait depuis bien longtemps dans ma bibliothèque. Vous avez sans doute déjà remarqué que j’aime particulièrement les romans qui se déroulent dans le contexte des Deux Guerres mondiales. Celui-ci partait donc déjà avec un bel atout dans sa manche.

HHHH

Laurent Binet relate un événement qui avait déjà connu un fort retentissement à l’époque : l’attentat fomenté contre Reinhard Heydrich, bras droit d’Himmler et, surtout, créateur de la Solution finale. Dans ce roman, le narrateur nous explique comment il en est venu à s’intéresser à ce pan de l’Histoire et plus particulièrement, à la figure d’Heydrich, intérêt qui a presque failli tourner à l’obsession.

Son souhait est de raconter ce grand moment d’Histoire sans le romancer. Il nous fait part de ses états d’âme concernant l’écriture de son ouvrage (ses doutes et ses envies), n’hésitant pas à relever ce qu’il considère comme des faiblesses ou des erreurs dans les chapitres qu’il a écrits précédemment. Ainsi, tout au long de l’ouvrage, le lecteur suit le processus d’écriture et de gestation qui a été celui de l’auteur. Même si, par moments, ces passages sont quelque peu répétitifs, ils nous permettent de nous échapper, pour un temps, des événements douloureux qui sont relatés. Cela amène un peu de dérision dans la noirceur de l’époque.

HHhH m’a vraiment passionnée ! Je ne connaissais pas  l’histoire de l’attentat. J’en avais peut-être déjà entendu parler lors de mes études secondaires, mais je ne l’avais pas retenue, en tous cas. En dehors de cette journée tragique pour le régime nazi, on en apprend également beaucoup sur le fonctionnement du parti hitlérien, son organisation et ses différentes exactions avant et après son élection. C’est donc un excellent ouvrage pour découvrir cette période noire sous un angle différent de celui qu’on a l’habitude de voir !

Laurent Binet parvient à rendre l’histoire vivante sans pour autant trop la romancer. Les dialogues, comme il le souhaitait, sont assez rares. Et, bien que la fin de ce triste événement soit connue, on ne cesse de vibrer pour les auteurs de l’attentat jusqu’à la dernière minute, espérant un happy end qui n’arrivera pas. Il ponctue également son roman de références à des auteurs ou réalisateurs qui se sont eux aussi intéressés aux événements qu’il décrit dans leurs propres œuvres, comparant son travail au leur.

Pour ce roman, Laurent Binet a reçu le prix Goncourt du premier roman, prix largement mérité ! Il sera sans doute mon dernier coup de cœur littéraire de cette année 2013 ! Je suis donc contente de l’avoir enfin extrait de ma PAL !

Vous pourriez vous demander ce que signifie ce titre difficilement prononçable. Il s’agit de l’acronyme de Himmlers Hirn heisst Heydrich que l’on peut traduire par le cerveau d’Himmler s’appelle Heydrich. Ce surnom avait été donné à Heydrich par les propres membres de son parti.

Ma note : 

love5

L’Insomnie des étoiles de Marc Dugain

Dugain

Dans L’Insomnie des étoiles, Marc Dugain nous emmène aux confins de la campagne allemande, à la fin de la Seconde Guerre mondiale. Une troupe de soldats français, dirigée par le capitaine Louyre, un ancien astronome un brin philosophe a pris possession d’une petite ville. Elle y fait deux étranges découvertes. Tout d’abord, celle d’une jeune fille, Maria, presque morte de faim qui survit dans une ferme isolée aux côtés des restes d’un cadavre calciné. Ensuite, celle de l’étrange désaffection de l’ancien centre de convalescence de la ville, pourtant premier employeur de la région. Le capitaine Louyre, que ces deux affaires intriguent, décide de mener son enquête, persuadé qu’il y a un lien entre elles.

L’histoire de ce roman est assez troublante. Cette impression provient certainement du caractère particulier du capitaine Louyre. En effet, celui-ci entoure toutes ses découvertes d’une aura de mystère, prêchant le faux pour mettre au jour le vrai. Le lecteur comme les protagonistes n’arrivent pas à déterminer ce qu’il sait vraiment. Ce roman témoigne des atrocités commises par le Reich envers son propre peuple et plus particulièrement, ceux qui étaient considérés comme déficients.

Encore une fois cette année, ma lecture m’a laissé une impression mitigée. J’aime le fait de lire les événements du point de vue des habitants allemands, notamment sur certaines exactions commises par leurs autorités. Néanmoins, ce roman reste teinté de nombreux lieux communs, dirigés tant vers Allemands que vers les Français, qui me gênent un peu.

Le personnage de Maria manque également de développement. Figure centrale de la première partie du roman, elle est ensuite quelque peu délaissée par le narrateur pour suivre les investigations du capitaine Louyre. Or, on apprend qu’elle se trouve dans une situation compromettante sans que cela ne semble inquiéter plus que cela le capitaine, pourtant friand d’enquêtes en tous genres. La jeune fille change brutalement de comportement sans que cela ne soit réellement expliqué et une étrange relation se tisse entre ces deux personnages. Relation qui me semble, encore une fois, quelque peu superficielle.

Un bilan mitigé, donc, pour un roman qui avait pourtant un bon potentiel de départ.

Ma note :

love3