Derrière la haine de Barbara Abel

Barbara Abel est une romancière belge qui a suivi le cursus de langues romanes à l’ULB [rien que pour ça, c’est une bonne ! :p]. C’est pour cette raison [enfin, à la base, parce qu’elle est Bruxelloise, l’ULB je l’ai découvert après…] et parce qu’elle était présente à la Foire du Livre de Bruxelles que j’ai acheté son thriller à succès, Derrière la haine.

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Deux couples de voisins et amis vivent dans le bonheur et la complicité depuis une petite dizaine d’années. Tous deux ont un fils, Milo et Maxime, du même âge et élevés comme deux frères. Tout cela se passe dans une jolie harmonie jusqu’au jour où un drame se produit. Tous doivent alors réapprendre à vivre sur de nouvelles bases mais très vite, l’amitié fait place à la haine et la culpabilité côtoie la paranoïa. Comment continuer à vivre dans un environnement aussi hostile ?

Ce roman nous mène aux confins de la douleur physique et morale. Le lecteur comprend assez vite à quel genre de drame il va être confronté, bien avant qu’il ne soit expliqué. Les réactions des deux couples, par contre, sont pour le moins inattendues.

L’auteure peine toutefois à rendre compte des émotions ressenties par les différents protagonistes, rendant les relations assez artificielles, et ce, bien avant la crise. Cependant, elle parvient plus aisément à faire ressentir la tension qui règne dans les deux maisons.

La psychologie des personnages aurait pu être davantage fouillée : certains éléments, comme les antécédents familiaux de Laetitia et David étaient bien amenés mais il manquait pas mal d’informations,  notamment concernant Sylvain et Tiphaine. Cette absence de profondeur permet sans doute à l’auteure d’éviter que son lecteur ne comprenne trop vite le dénouement, et donc, de maintenir un certain suspens. Barbara Abel fonctionne souvent au sous-entendu, surtout dans le couple Sylvain/Tiphaine.

Le personnage de Milo est particulièrement touchant. Le petit garçon est très affecté par les tensions et peine à trouver sa place. Barbara Abel lui prête souvent des réflexions qui font sourire malgré l’ambiance un peu lourde qui pèse dans ce roman. C’est ce qui le rend attachant.

Jusqu’au bout, le fil de l’intrigue est bien suivi. Le lecteur peut se douter de certaines actions mais ne devine qu’à la dernière minute le dénouement de l’histoire.

Avec Derrière la haine, Barbara Abel nous offre une plongée, parfois maladroite mais terriblement prenante, dans les méandres les plus obscurs de la nature humaine. Un thriller familial qui vous tiendra en haleine jusqu’au bout. Et si vous souhaitez découvrir ce qui se passe après, un second tome situé 10 ans plus tard est sorti il y a quelques semaines, il s’intitule Après la fin. Je pense très certainement le lire car je ne peux m’empêcher de me demander comment s’en est sorti le petit Milo !

Ma note :

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Manuel de survie à l’usage des incapables de Thomas Gunzig

Quel étrange titre pour le nouveau roman de Thomas Gunzig (d’ailleurs, suffit de regarder l’air intrigué des gens qui observent mon livre dans le métro…) ?! Et force est de constater que l’univers qu’il nous dépeint est encore plus [code]barré !

Mêlant science fiction et réalisme exacerbé, l’auteur nous plonge dans un avenir plus ou moins proche où chaque atome présent sur Terre (et même ailleurs) a été racheté par les grandes entreprises privées : toute la nourriture est génétiquement modifiée, les humains sont désormais upgradables par le biais de leur ADN (les parents n’enfantent plus, ils téléchargent des versions de progéniture) et même les animaux portent des code-barres indiquant s’ils font partie d’un élevage ou s’ils vivent à l’état « sauvage ».

Dans cet univers qui ne semble régi que par le code de commerce et la loi sur le copyright, un drame est en train de se jouer : Martine Laverdure, caissière dans LE supermarché, fréquente l’un de ses collègues, ce qui est formellement interdit. Alors, le DRH et le directeur du magasin chargent Jean-Jean, chef de la sécurité, de faire tomber les deux tourtereaux afin de les licencier et par conséquent, de préserver l’équilibre du magasin. Malheureusement, les choses ne se passent pas comme prévu et Martine succombe à l’entrevue, Ses enfants, obtenus en bidouillant le code génétique d’un loup, truands adeptes du grand banditisme, décident alors de venger dans le sang la mort de leur mère. Jean-Jean va-t-il échapper au carnage ? Cela va-t-il impacter les bénéfices annuels du supermarché ?

Terriblement noir et cynique, ce roman dénonce les dérives de notre société de consommation et de la privatisation à outrance. Son univers est parfois assez loufoque et il est très difficile de s’identifier à ses personnages génétiquement modifiés qui versent souvent dans la caricature. Après une mise en route assez douloureuse, on se laisse finalement happer par cette histoire. Le langage de Thomas Gunzig est parfois cru et le point de vue trop masculin à mon goût mais j’ai tout de même réussi à l’apprécier.

J’ai entendu l’auteur dire qu’il s’était beaucoup documenté pour écrire cet ouvrage et cela se ressent ! Tous les mots-clés que doit connaître un gourou du marketing s’y retrouvent ! Le narrateur pense littéralement comme un product manager obsédé par la chasse aux parts de marché. De plus, j’ai été particulièrement stupéfiée par la prolifération des marques à travers les pages : toutes celles qui comptent aujourd’hui apparaissent à un moment ou un autre (Apple, HP, MacDonald’s, Ikea, Nike, Samsung, …). A tel point qu’on pourrait se sentir noyé par leur abondance (si Thomas Gunzig a voulu faire du placement de produits, ça doit lui rapporter gros 😉 !). Pourtant, les marques semblent être les points d’ancrage des personnages qui ne peuvent plus penser à un objet autrement que par sa marque ou son modèle. Cela ajoute encore un peu plus de froideur à ce monde triste et gris où les valeurs humaines semblent doucement disparaître.

Soyons honnête, au début de ma lecture, je n’aimais pas ce livre ! Puis, peu à peu, j’ai appris à apprécier l’écriture de l’auteur, à savourer ses bons mots, son humour et ses clins d’œil pour finalement m’attacher à ses personnages, tellement peu habitués à réfléchir par eux-mêmes et à ressentir qu’ils ont l’air si étonnés quand cela leur tombe dessus.

Donc, si vous souhaitez lire quelque chose qui sort un peu de l’ordinaire (et qui fait quand même un peu peur, cf. le dernier chapitre), je vous conseille ce roman ! Autant vous prévenir, il est loin d’être joyeux donc évitez-le si vous êtes déjà au bord de la déprime… Et puis, dernier argument, l’auteur est Belge [et il paraît que le Belge est à la mode en ce moment] donc avec ce livre, vous serez au top de la tendance ! 😉

Merci à Babelio pour cette jolie découverte de la rentrée littéraire !

Ma note :

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La Plage d’Ostende de Jacqueline Harpman

Cette semaine, j’ai découvert Jacqueline Harpman. Je connaissais déjà cette grande romancière belge (un peu de chauvinisme, ça ne fait pas de mal) de nom mais je ne m’étais encore jamais plongée dans la lecture de l’un de ses ouvrages.

Dans La Plage d’Ostende, Émilienne, alors vieille femme, raconte comment et pourquoi elle a consacré toute sa vie à un seul homme, rencontré lorsqu’elle avait tout juste onze ans. Plongée très jeune par sa mère dans la vie mondaine bruxelloise, elle est de tout les dîners. Durant l’un d’eux, on lui présente Léopold Wiesbeck, 25 ans, jeune peintre à l’avenir plus que prometteur. Le coup de foudre est immédiat : Émilienne sait que soit elle parviendra à se faire aimer de cet homme, soit elle mourra. Elle entreprend alors de se construire à l’image de Léopold afin qu’il ne puisse pas détourner son regard d’elle lorsque son heure sera venue. Pour parvenir à ses fins, elle sera prête à détruire tous ceux qui se dresseront en travers de leur histoire. A l’heure où elle écrit ces lignes, Léopold est mort depuis longtemps. Elle ressent alors le besoin d’expliquer ses choix de vie. Elle n’éprouve aucun regret, si ce n’est celui de ne pas avoir profité davantage des années où son amant était encore en vie.

Il est un peu difficile de croire à cette histoire d’amour. Ce qui m’a rendue le plus sceptique, c’est la discipline que s’inflige la petite fille pour soumettre son corps aux diktats de la Beauté selon Léopold Wiesbeck. Le coup de foudre d’Esther est encore moins plausible, ce qui, d’après moi gâche un peu la fin du roman. J’aurais pu comprendre que l’auteure lui compose un destin similaire à celui de sa mère mais l’identité de l’homme duquel elle s’éprend n’est tout simplement pas crédible.

Par contre, Jacqueline Harpman décrit merveilleusement bien cette société mondaine du milieu du XXe siècle : on s’imprègne vraiment de l’ambiance des salons, on voit les femmes, leurs rivalités pour plaire aux hommes sous les yeux mêmes de leur mari, les jeux de pouvoir, etc.

Le personnage d’Émilienne est touchant malgré le désintérêt qu’elle porte à tout ce qui n’est pas Léopold. Elle parvient à être manipulatrice tout en restant le plus honnête possible avec ses victimes. L’auteure réussit à nous faire ressentir sa détresse lorsqu’elle est loin de l’être aimé mais aussi sa confiance en elle quand elle sent son regard sur elle. J’ai également beaucoup aimé le fait qu’elle s’accrochait à certains principes tout n’hésitant pas à en bafouer d’autres.

Ce que l’on retient de ce roman, c’est surtout l’écriture sublime de Jacqueline Harpman : elle use d’images plus belles les unes que les autres pour dépeindre les émotions de ses personnages. Chaque scène, chaque paysage est détaillé avec précision. De tout cela, une certaine magie se dégage, identique à celle qui émane des plus belles peintures.

Ma note : 

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