Certaines n’avaient jamais vu la mer de Julie Otsuka

Aujourd’hui, je vais vous parler d’un très beau et court roman qui témoigne d’un peu assez méconnu de l’histoire, en tout cas, dans nos contrées occidentales : Certaines n’avaient jamais vu la mer de Julie Otsuka.

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Au début du XXe siècle, des milliers de Japonaises ont été mariées, de gré ou de force, à certains de leurs compatriotes exilés aux USA. Ces derniers leur promettaient une belle vie, loin des restrictions de leur quotidien japonais. Cependant, une fois sur place, ces femmes découvraient que l’homme d’affaires qu’elles avaient épousé était en réalité une pauvre ouvrier agricole vivant à même le sol dans un camp ou encore un proxénète notoire, cherchant de la main d’œuvre gratuite. Seules, incapables de comprendre un traitre mot dans cette langue inconnue, elles devaient apprendre à survivre à cette nouvelle vie.

Julie Otsuka a pris le parti de rédiger son roman à la 1ère personne du singulier, donnant un caractère multiple à cette narration. Une manière de rendre compte du nombre important des ces femmes mais aussi de leur absence d’individualité propre. Ces femmes n’étaient souvent qu’une marchandise, qu’un outil de travail, aux yeux de leurs maris. Elles étaient là pour remplir une certaine fonction et si elles ne convenaient pas, elles étaient renvoyées d’où elles venaient. C’est ce caractère interchangeable, qui, pour moi, se cache également derrière ce « nous ».

De plus, malgré un fil conducteur qui est celui de l’adaptation de ces femmes à leur nouvelle vie et de leur évolution dans cette société américaine qui les exclut, l’auteure ne nous offre pas réellement un récit comme nous avons l’habitude d’en lire mais une énumération de situations diverses et variées. Ce procédé narratif, un peu lourd il faut l’admettre, m’a parfois fait décrocher de ma lecture, ce qui est dommage.

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Malgré cela, le roman dégage une certaine puissance qui m’a impressionnée. Il n’a l’air de rien avec ses 143 pages mais il est bouleversant ! Encore un texte qui me fait prendre conscience de la chance que j’ai de vivre, en tant que femme, au XXIe siècle, dans une société ouverte et respectueuse de ses droits [même s’il y a encore quelques efforts à faire, j’en conviens]. A lire !

Ma note :

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Les Revenants de Laura Kasischke

Parlons aujourd’hui d’un roman qui a pas mal circulé sur la blogosphère, Les Revenants de Laura Kasischke.

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Dans une petite cité universitaire américaine, Nicole Werner, nouvelle recrue de la sororité Omega Théta Tau décède brutalement dans un accident de voiture. Son petit ami, Craig, qui était au volant, s’en sort indemne mais n’a plus aucun souvenir des événements. Un an plus tard, un certain mystère plane toujours autour de cet accident : Craig et Perry, son colocataire mais aussi ami d’enfance de Nicole, sont persuadés de l’avoir aperçue sur le campus. Shelly, seul témoin présent sur le lieu de l’accident se débat toujours avec la presse et les Autorités pour faire entendre sa propre version des faits, entièrement passée sous silence : Nicole était vivante et gisait hors de la voiture quand elle est arrivée sur place, comment a-t-elle pu périr dans les flammes une fois Shelly emmenée par l’ambulance ?! Mira, professeure spécialisée dans les rites mortuaires s’intéresse, elle aussi, de plus en plus aux phénomènes paranormaux qui entourent la disparition de Nicole. Mais il semblerait qu’au fur et à mesure que leur intérêt commun se manifeste, le sort décide de s’acharner sur eux. Quelqu’un ou quelque chose tente de leur faire quitter le campus par tous les moyens. Que s’est-il réellement passé ce soir-là ? Serait-il possible que Nicole soit toujours présente à Godwin Hall ?

Une curieuse ambiance se dégage de ce roman de Laura Kasischke, auteure américaine reconnue que je découvre pour la première fois avec Les Revenants. Difficile pour le lecteur d’identifier s’il s’agit d’une œuvre fantastique, d’un thriller psychologique ou d’un simple polar. Rapidement, il comprend que la si parfaite Nicole est loin d’être une oie blanche, ce qui oriente doucement son jugement sur le possible dénouement de l’intrigue. Mais a-t-elle finalement une part de responsabilité dans tout cela ? Jusqu’au bout, l’auteure joue avec le lecteur, lui offrant tantôt une explication rationnelle, tantôt une constatation surnaturelle quant à la disparition de Nicole.

En dehors de cette enquête, Laura Kasischke s’attache également à décrire comment les relations entre les différents protagonistes se sont nouées, que ce soit avant ou après la mort de Nicole. Cela donne parfois lieu à de longues digressions qui ralentissent le récit et pourraient perdre quelque peu le lecteur. D’autant plus que la narration passe sans cesse du passé au présent et vice-versa, sans indication particulière, ce qui peut également compliquer la lecture, pour certains.

Finalement, ce roman m’a laissée dubitative. Certains passages m’ont passablement ennuyée et la fin m’a rendue assez perplexe. Je ne sais pas vraiment quoi retenir de ce roman si ce n’est une analyse parfois mordante du milieu universitaire américain. Il est également intéressant de voir l’évolution psychologique des personnages dont notre perception peut changer radicalement du début à la fin du roman. On en apprend aussi davantage sur la manière dont la mort est appréhendée dans les diverses cultures.

La chose qui m’a passablement énervée par contre, au début de ce livre, c’est la traduction littérale du « guys » américain. Heureusement, le traducteur s’est vite arrêté, sinon je pense que j’aurais dû abandonner ma lecture !

Je peux donc vous conseiller ce roman si vous ne vous attendez pas à une lecture trop « facile » et que vous n’êtes pas un(e) adepte des fins claires et irrévocables.

Je peux rajouter ce roman au challenge Cartable et tableau noir de George puisqu’il se déroule dans un campus universitaire.

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Ma note :

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Rien n’est trop beau de Rona Jaffe

Ce petit gros livre et sa jolie couverture avait déjà attiré mon œil plus d’une fois sur la blogosphère, j’en ai donc profité en le trouvant, quasi neuf chez Pêle-Mêle ! Publié une première fois en 1958, il a connu une réédition en 2011, ce qui lui permet de renouer avec le succès.

Rona Jaffe Rien n'est trop beau

Dans Rien n’est trop beau, le lecteur suit le destin new-yorkais de cinq jeunes femmes travaillant aux Editions Fabian. Le personnage principal est Caroline Blender, 21 ans, fraichement débarquée de Port-Blair suite à la rupture de ses fiançailles. Elle vit en collocation avec Gregg, une comédienne aux allures d’enfant. Ambitieuse, Caroline cherche à gravir les échelons et ne souhaite pas abandonner sa nouvelle carrière contre mari et enfants. Cette attitude n’est pas celle de ses camarades qui, sous la pression des conventions sociales, cherchent désespérement le mari idéal.

La quatrième de couverture de ce roman nous donne l’impression que nous allons rencontrer des jeunes femmes résolument modernes, qui vivent de manière indépendante dans cette grande ville américaine. Certes, financièrement, ces jeunes filles s’assument. Mais on s’aperçoit très vite qu’elles sont encore très dépendantes du regard des hommes. Toutes [sauf Caroline] n’attendent qu’une chose : se marier et s’occuper de leur petit mari. Leur vie à New York ne semble être qu’une parenthèse.

Je suis consciente que ce roman a plus de 50 ans et, donc, la société d’aujourd’hui a bien évolué. Cependant, je trouve ces jeunes filles très mièvres. La palme de la niaiserie est à attribuer aux dialogues entre les filles et leurs amoureux/amants/prétendants : cette propension à s’appeler mon/ma chéri(e) dès la première soirée, les déclarations d’amour enflammées alors qu’ils se connaissent depuis 3 jours… Tout cela me semble exagéré, même pour l’époque !

L’ensemble de cet aspect très « romance«  a apporté pas mal de longueurs au roman. J’espérais y lire davantage le quotidien professionnel des ces femmes : comment s’imposent-elles dans l’entreprise, quel est leur rapport à leur fonction, etc. Mais tout cela est abordé de manière très superficielle. Ainsi, dès que l’on aborde le quotidien des Editions Fabian, c’est soit pour décrire les assauts sexuels du directeur, soit pour raconter les déjeuners de départ des jeunes épouses/mamans.

Néanmoins, j’ai apprécié cette lecture qui m’a permis de découvrir un univers qui m’est peu familier. D’un côté, ce monde m’a fait envie ! Qu’il avait l’air simple d’entrer dans l’édition en ce temps-là ! Si vous aimez les destins de femmes ordinaires et les histoires d’amour un brin compliquées, ce roman devrait vous plaire !

Ma note :

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