Deux cancers pour un chef d’oeuvre !

La semaine dernière, j’ai lu deux petits livres portant sur un sujet assez grave : le cancer. Dans l’un des cas, il s’agit d’un enfant (Oscar et la dame rose de E.E. Schmitt) qui en est touché et dans l’autre, de la maman (Ne t’inquiète pas pour moi d’Alice Kuipers). Cette concordance de thème était tout à fait fortuite : je n’avais pas lu les quatrièmes de couverture avant de commencer et ces deux livres trônaient dans ma PAL pour les challenges.

Alors, commençons par celui que j’ai le moins aimé : Ne t’inquiète pas pour moi.

Ne t'inquiète pas pour moi d'Alice Kuipers

Dans ce roman, on suit Claire, une adolescente et sa mère toujours absente. Les deux femmes communiquent par Post-it interposés car elles ont des agendas assez discordants. On apprend rapidement que la maman est malade et on suit l’évolution de sa maladie à travers les petits mots inquiets de sa fille.

Le concept du récit sur Post-it est assez sympa mais malheureusement, cela provoque un certain manque de profondeur dans le récit. On aborde ici un sujet grave qu’il est difficile de transposer sur ce genre de support. Du coup, je trouve les échanges parfois un peu artificiels. On a l’impression que la mère et la fille ne font que se croiser alors que visiblement, elles passent du temps ensemble mais cela ne transparaît pas réellement dans leurs échanges (oui, bon, elles disent souvent qu’elles ont vu un film ensemble, mais ça ne fait pas tout). On a l’impression que leur relation stagne, qu’elles abordent toujours les mêmes sujets sans vraiment avancer. Cela manque aussi de repères temporels : parfois plusieurs jours, voire semaines, passent entre leurs échanges écrits mais on ne comprend pas toujours tout de suite. Du coup, on ne comprend pas immédiatement qu’il n’y a pas de lien entre deux Post-it qui se suivent.

Le roman se lit extrêmement vite (en une trentaine de minutes maximum) ce qui empêche le lecteur de s’imprégner réellement de l’ambiance du récit.

Par contre, j’ai bien aimé les deux lettres que la jeune fille adresse à sa mère à la fin du roman. Enfin, l’auteure prend le temps d’exposer réellement les sentiments de Claire. L’émotion est présente, le lecteur peut enfin ressentir une certaine empathie envers l’adolescente.

Au final, cela donne une lecture plus ou moins agréable mais sans plus. Je pense avoir été d’autant plus déçue que j’en avais lu du bien (en diagonale pour ne pas risquer de me spoiler l’histoire) sur le blog de Bianca. D’ailleurs, en relisant sa chronique, je vois qu’il y a deux versions : une adulte et une jeunesse. Bianca parle de la version jeunesse, moi il me semble avoir lu la version adulte. Ceci explique peut-être cela.

Ma note : 

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Continuons avec Oscar et la Dame rose

Couverture Oscar et la dame rose

Cet avis assez négatif s’explique aussi sans doute par le fait que, juste avant, j’avais lu Oscar et la Dame rose qui, bien qu’il soit lui aussi écrit sous forme épistolaire, aborde de manière beaucoup plus riche les difficultés que rencontre l’enfant face à sa maladie. Oscar sait qu’il va mourir alors la Dame rose lui propose d’écrire à Dieu pour se soulager des pensées qui le rongent, ce que le petit garçon fait avec beaucoup d’humour  et un brin de poésie !

Là aussi, il s’agit d’un roman très court (une centaine de pages) dont la trame s’étale sur une dizaine de jours. Chaque jour correspond à une décennie pour Oscar. On découvre donc la vie en accéléré de ce petit garçon, devenu adulte en deux jours et qui, bientôt, atteint la fin de sa vie. Les réflexions du petit garçon sur les relations humaines, sur sa tristesse face au rejet de ses parents sont vraiment très touchantes. Malgré le caractère très dur de cette histoire, on ne tombe pas dans le « drame-guimauve » qui essaie de te tirer les larmes des yeux. Dans ce roman, E.E. Schmitt mêle cynisme et romantisme pour offrir à Oscar toutes les joies et les épreuves importantes d’une vie bien remplie.

J’ai appris que ce roman fait partie d’une trilogie autour de la spiritualité intitulé Cycle de l’Invisible. Je suis curieuse de lire ses deux compagnons car, pour moi, Oscar et la dame rose est un petit livre-bijou qu’il faut garder et relire régulièrement pour retrouver les précieuses réflexions d’Oscar.

Ma note : 

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Beignets de tomates vertes de Fannie Flagg

Toujours grâce aux challenges de Livraddict, j’ai découvert Beignets de tomates vertes de Fannie Flagg. Je ne connaissais absolument pas cette auteure, ni le thème du roman, ce fut donc une surprise complète !

 

Les beignets de tomates vertes de Fannie Flagg

Ninnie Threadgood, 87 ans, vit désormais dans une maison de retraite. Un jour, elle fait la connaissance d’Evelyn Couch, une femme d’une cinquantaine d’années, effacée et complexée, qui vient rendre visite à sa belle-mère un brin tyrannique. Les deux femmes deviennent rapidement amies. Ninnie aime raconter son passé à Evelyn, qui s’en inspire pour reprendre doucement le contrôle de son existence.

La structure de ce roman est plutôt complexe (du moins, elle n’est pas linéaire) : souvent, nous apprenons un évènement par le récit qu’en fait Ninnie, d’après son point de vue. Vient ensuite, dans les chapitres suivants, le récit plus détaillé de ce même évènement, relaté par un narrateur omniscient. Ce récit est régulièrement complété par des extraits de différentes « gazettes » qui décrivent l’évènement même ou un fait qui s’y rapporte. Pour chaque « source d’information », l’auteure utilise un ton particulier, propre au personnage qui en est l’auteur. On passe donc sans cesse par des flash-back,  on voyage à travers toutes les époques (pas nécessairement dans un ordre chronologique), au gré des souvenirs de Ninnie. Par moment, on découvre une partie d’un évènement puis la suite ou le point de départ est expliqué à un tout autre moment (je pense, par exemple, à la disparition de Frank). Malgré cette complexité, il est facile de suivre le récit qui se déroule de manière assez fluide.

C’est une histoire touchante que celle d’Idgie Threadgood : cadette d’une famille de sept enfants, Idgie est un véritable garçon manqué, au grand dam de sa soeur aînée qui rêve de la voir porter des robes. Très jeune, elle perd son plus grand frère, dont elle était la « chouchou » et qu’elle suivait comme son ombre. Vient ensuite sa découverte de l’amour lors de sa rencontre avec Ruth et de sa lutte pour pouvoir vivre heureuse. Très généreuse, elle ouvre un café qui devient rapidement le point de ralliement de toute la petite ville de Whistle Stop, Alabama, et où se croisent la bonne société comme les vagabonds de passage. C’est essentiellement la vie au café que nous raconte Ninnie.

Ce roman aborde également la question de la relation blancs/noirs dans cette Amérique des années 30 à 60. Idgie, ayant grandi entourée de personnel de couleur, à quelques centaines de mètres du quartier noir, ne fait aucune différence de traitement entre les blancs et les noirs. Cela lui vaudra plusieurs fois des menaces de la part du KKK. Dans ce roman , même si certaines discriminations sont mises en avant, nous n’avons à aucun moment le point de vue direct des gens de couleur, contrairement à ce que l’on pouvait trouver dans La Couleur des sentiments. Je dirais que la critique de ce comportement raciste est plus subtile : elle se retrouve dans l’ironie de certaines situations, dans les commentaires de certains personnages, etc. J’avoue avoir toujours du mal à réaliser que cela a pu exister, de cette manière, il n’y a pas si longtemps. J’aime, d’ailleurs, les oeuvres qui permettent de renouveler régulièrement cette prise de conscience, pour ne pas oublier à quel point, souvent, les hommes peuvent être stupides.

Par contre, je trouve que l’auteure est restée très ambiguë sur la relation qui lie Idgie et Ruth. Lors de leurs premières semaines ensemble, on sait qu’Idgie a eu un coup de foudre mais ensuite, leur relation n’est pas vraiment claire. Si effectivement, elles vivent en couple, la société de Whistle Stop a l’air fort ouverte face à cette famille atypique (les deux jeunes femmes vivent avec l’enfant que Ruth a conçu lors de son mariage). N’oublions pas que le récit se situe dans l’Amérique des années 30 : je ne pense pas que puritains comme ils étaient (et le sont toujours, pour certains), ils auraient accepté une telle relation aussi facilement.

J’ai beaucoup aimé cette saga familiale dans laquelle s’entremêlent l’humour et les drames. Chaque personnage (et ils sont nombreux) possède sa propre personnalité même si, parfois, certains tombent un peu dans le cliché (le mari qu’on veut quitter et qui, justement, a tous les défauts qui font que la rupture est largement justifiée, la servante dévouée qui donnerait sa vie pour sa « petite maîtresse », …). Je regrette également que certains passages débordent un peu trop de « bons sentiments » mais dans l’ensemble, c’est un bon livre ! Et comme Evelyn, j’avais hâte de retrouver Ninnie pour découvrir la suite des aventures d’Idgie !

 

Ma note : 

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Raison et sentiments de Jane Austen

Mieux vaut tard que jamais, grâce au Challenge Classique, j’ai lu mon premier Jane Austen : Raison et sentiments.

Ce roman, le 1er rédigé par l’auteure, raconte l’histoire d’Elinor et Marianne, deux sœurs qui, à la mort de leur père, se voient contraintes de quitter leur domicile devenu la propriété de leur frère aîné, né d’un premier mariage. Les jeunes filles quittent alors le Norland avec leur mère et leur jeune sœur pour le Devonshire, où elles vivent dans une maisonnette, gracieusement louée par leur cousin. Elles découvrent alors la vie mondaine et, avec elle, les premiers émois de l’amour.

Jane Austen développe ici deux caractères contradictoires, l’un posé, l’autre spontané devant les déboires provoqués par leurs relations amoureuses. On découvre ainsi les réalités de la société mondaine du XIXe en Angleterre et tous ses travers : les rumeurs, les mariages arrangés, l’importance accordée au pécule plutôt qu’à l’intelligence ou au talent, …

J’ai eu énormément de mal à rentrer dans cette histoire ! L’écriture de Jane Austen n’est pas toujours des plus fluides et les 200 premières pages ne sont pas vraiment palpitantes. De plus, je confondais souvent les personnages suite à l’usage des Miss, Ms, etc. et il me fallait parfois relire la phrase une ou deux fois pour identifier de quelle Dashwood on parlait. Heureusement, une fois les deux soeurs arrivées à Londres, les événements commencent à s’accélérer et la lecture devient plus intéressante ! Je dois avouer que Jane Austen distille son cynisme mais avec beaucoup de subtilité : tout est dans le ton qu’elle emploie.

J’ai cru comprendre que Raisons et sentiments n’était pas le plus réussi de ses romans. J’attends donc de lire Orgueil et préjugés pour me faire une meilleure idée de son écriture car pour l’instant, je suis assez divisée : la seconde moitié du roman a largement rattrapé le début mais j’ai été assez déçue. Je ne peux pas dire qu’il soit mauvais mais j’avais entendu tellement de bien de Jane Austen que j’avais placé la barre bien plus haut.

Ma note : 

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