Les Coeurs fêlés de Gayle Forman

Aujourd’hui, on retombe en adolescence avec un roman jeunesse de Gayle Forman, Les Coeurs fêlés.

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Britt a 16 ans et vit une relation quelque peu conflictuelle avec la nouvelle femme de son père, qu’elle surnomme Le Monstre. Sa mère, diagnostiquée paranoïaque et schizophrène, a quitté la maison depuis quelques années, après avoir refusé de se soigner. Pour échapper à l’ambiance pesante de la maison, Britt se réfugie dans la musique grâce à son groupe de musique punk. Un jour, son père décide de l’emmener à la Red Rock Academy, un camp de redressement pour adolescentes où l’on se promet de mater son caractère de rebelle. Là, elle découvre l’enfer mais aussi l’amitié profonde avec les autres filles qui subissent le même sort.

Ce roman est résolument axé sur un public adolescent [et plutôt féminin] que ce soit par le développement de son héroïne ou par les thèmes abordés : l’amitié, la rébellion face aux parents et à l’autorité, la recherche de sa sexualité, la peur du regard des autres, etc. L’histoire n’a rien de transcendant : une adolescente, enfermée contre sa volonté dans un pensionnat aux méthodes plus proches de celles du goulag que du pensionnat huppé, qui trouve le temps long et cherche à s’échapper.

Les problèmes que connaissent les jeunes filles sont typiques de ceux rencontrés par les ados de cet âge. Ce qui change ici, c’est davantage la manière dont réagissent les adultes : des parents qui délèguent leur responsabilité à un personnel pédagogique sous-qualifié et sadique, des brimades, du harcèlement psychologique, etc. Il est assez difficile de croire à la vraisemblance de ce genre de camp [encore que, aux USA plus rien ne m’étonne !] : je connais peu de parents qui laisseraient croupir leurs enfants aussi longtemps dans une école sans chercher à savoir un minimum comment ils vivent.

Intrigue pour ados oblige, Gayle Forman nous offre une belle romance, on ne peut plus classique : le badboy rockeur au grand cœur secrètement fou amoureux de la petite héroïne mais qui ne se décide à déclarer sa flamme qu’au moment où il la perd de vue… On l’avait pas vue venir, celle-là !

Enfin, ce que je reproche à la conception de ce roman, c’est le temps passé à décrire les petites querelles ou les fantasmes répétitifs des ado et le peu de développement accordé au dénouement. Une meilleure description des difficultés rencontrées par les filles pour rassembler les preuves dont elles ont besoin, par exemple, aurait pu donner un peu plus de corps à l’intrigue ! Au lieu de cela, tout semble tellement facile et évident qu’on se demande pourquoi personne ne l’avait fait plus tôt !

Au final, c’est un roman que j’ai lu en une soirée [malgré les clichés, on se laisse facilement prendre au jeu] qui ne me laissera pas un souvenir impérissable ! Dommage que l’auteure abuse autant de toutes ces facilités car son intrigue de départ aurait pu donner quelque chose de plus intéressant !

Ma note : 

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Le Prince de la brume de Carlos Ruiz Zafón

Il y a quelques années, j’ai eu un gros coup de cœur pour L’Ombre du vent, puis j’avais beaucoup apprécié Le Jeu de l’ange. Suite à ces succès de librairie, les éditeurs se sont lancés dans la traduction et l’édition des premiers ouvrages écrits par l’auteur. Là, mon esprit contradictoire a décidé de s’en mêler ! Non, non, non, m’a-t-il dit, tu n’acheteras que ses nouveaux romans mais tu ne vas pas te laisser avoir par tout ce marketing livresque ! J’ai donc résisté longtemps à l’envie de me plonger dans les écrits de jeunesse de l’ami Zafón mais force était de constater qu’ils connaissaient un joli succès et que j’avais de découvrir s’ils le méritaient vraiment.

Leprincedelabrume

Le Prince de la Brume est le premier roman de l’auteur. Ecrit en 1993, il ciblait davantage un public jeunesse et se voulait fantastique. C’est le premier tome d’un tryptique. Il se déroule durant la Guerre d’Espagne : la famille de Max Carver décide de quitter leur ville pour un petit village du bord de mer. Dès leur arrivée, l’adolescent remarque que des phénomènes étranges se déroulent autour d’eux. Max rencontre Roland, petit fils du gardien du phare avec lequel il va tenter de démêler les mystères qui les entourent.

Je dois avouer que c’est un bon premier roman (pour une fois que les marketeurs ne vendent pas n’importe quoi ;-))! Le suspens se maintient durant toute la lecture : vont-ils ou non parvenir à déjouer la malédiction du Prince de la Brume ?! Bien que le roman touche une cible assez jeune, je ne le trouve pas trop niais que ce soit dans le traitement des personnages ou dans la trame de l’intrigue. A côté de l’enquête principale, l’auteur développe d’autres thèmes propres à la littérature adolescente tels que la quête d’identité, les conflits familiaux ou les premiers émois.

J’ai parfois été étonnée du vocabulaire employé par l’auteur dans ce roman, beaucoup plus recherché que dans la littérature pour adolescents que j’ai eu l’occasion de lire jusqu’à présent. Cela prouve que l’on peut viser un public jeune sans pour autant tomber dans une trop grande simplicité, ce qui est souvent le cas.

Il est vrai que certains éléments restent sans réponse mais j’espère que celles-ci se retrouveront dans la suite de la saga ! Par exemple, on en apprend très peu sur ce fameux Docteur Caïn : comment a-t-il survécu, qui est-il réellement, etc. ? Cette petite impression d’être passée à côté de quelque chose, c’est ce qui me retient de dire que ce livre est un très bon roman.

J’attends donc de voir ce que me réserve la suite de cette série qui laissait déjà présager le grand talent de Carlos Ruiz Zafón !

Ma note :

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Hate List de Jennifer Brown

Aujourd’hui, je vous présente encore un roman jeunesse ou plutôt « young adulte » : Hate List de Jennifer Brown.

Dans ce livre, on suit Valérie, une adolescente de 17 ans qui a vécu au centre d’un événement extrêmement dramatique : alors qu’ils commençaient une journée de lycée comme les autres, son petit ami, Nick, a fusillé différents élèves et professeurs qui attendaient le début des cours dans le foyer. Très vite, Valérie découvre que Nick n’a pas choisi ses victimes au hasard : chacune figurait sur leur « liste de la haine » qui reprenait les noms de toutes les personnes qui, de manière directe ou indirecte, contribuaient à leur mal-être. La culpabilité s’empare alors de Valérie car c’est elle qui avait eu l’idée de cette liste : elle lui permettait d’extérioriser ses sentiments et de se « venger » à sa manière des moqueries de ses camarades. Comment va-t-elle supporter le retour dans son lycée après cet événement ? Va-t-elle parvenir à surmonter sa culpabilité et convaincre ses anciens camarades qu’elle n’a jamais voulu un tel massacre ?

Couverture Hate List

Premièrement, ce roman se lit très rapidement : en deux heures, je pense, il était plié. Difficile de décrire ce que j’ai ressenti à sa lecture. Le sujet est terriblement dramatique mais assez peu original : une fusillade dans un lycée américain. Si ce n’est qu’ici,on ne suit pas le tueur, ni véritablement une de ses victimes mais sa quasi-complice. Par l’histoire de Valérie, Jennifer Brown tente de démontrer que même si, après coup, les preuves semblent évidentes, il est très difficile pour les proches de déceler les envies meurtrières des gens qu’ils aiment. La jeune fille plaisantait souvent avec Nick à propos de tout ce qu’elle ferait bien subir aux autres élèves qui l’appelaient Sœur funèbre et se moquaient d’elle. Or, jamais elle n’avait imaginer une seule seconde que Nick parlait sérieusement. Ce n’est qu’en se remémorant leurs conversations qu’elle prend conscience de tous les signaux qu’il lui avait envoyés, sans qu’elle ne les comprenne.

C’est aussi le témoignage d’une famille qui doit se reconstruire : comment refaire confiance à son adolescente quand on a pensé qu’elle a peut-être participé à une tuerie ? Comment ne pas la considérer comme coupable ? J’ai trouvé que ce sujet était particulièrement bien traité ici : chaque parent à un rôle (bon ou mauvais) à jouer dans la reconstruction de la jeune fille, aucun n’est laissé de côté. Bien sûr, j’ai eu du mal à comprendre leur réaction : comment peuvent-ils lui en vouloir à ce point ? N’ont-ils jamais accordé leur confiance trop vite à quelqu’un ? Cela a-t-il fait d’eux de mauvaises personnes ?

Il aurait été intéressant de développer davantage les séances avec le docteur Hieler qui, même si elles ont une place importante dans le récit, sont abordées de manière assez superficielle à mon goût. De même, la construction de la relation entre Jessica et Valérie aurait pu être creusée davantage.

La relation qui liait Nick et Valérie, par contre, est assez bien décrite. Etant donné que le roman est écrit selon le point de vue de la jeune fille, l’adolescent n’est pas présenté comme un criminel. C’est le garçon qu’elle aimait avant tout. Il souffrait, il a commis un acte épouvantable, mais ce n’était pas le monstre que tout le monde brosse. Les personnages ne sont pas manichéens : même les élèves que Valérie détestait sont, à un moment ou un autre, décrits positivement tout comme elle montre du doigt les défauts de ses amis. Cela permet au récit d’être réaliste et de ne pas tomber dans les stéréotypes propres aux œuvres américaines.

Ce roman n’est certes pas un coup de cœur (peut-être encore une fois trop axé ado pour moi) mais il était agréable à lire. Il est même parvenu à m’extorquer une petite larme vers la fin (hé oui, je suis une vraie fille …).

Ma note : 

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