Jack et la mécanique du cœur [film]

Alerte coup de cœur [c’est le cas de le dire] avec Jack et la mécanique du cœur ! Grande fan de l’album de Dionysos dont il est issu, j’avais, à l’époque, dévoré le roman associé. Quoique finalement, je l’avais trouvé assez moyen. L’histoire en elle-même m’avait beaucoup plu car elle reflétait parfaitement l’album. L’écriture, par contre, m’avait parue un peu trop simpliste.

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Alors, qu’en est-il du film d’animation ?! Pour ceux qui n’en n’auraient jamais entendu parler, cela raconte l’histoire de Jack, petit garçon né à Edimbourg, le jour le plus froid du monde. Sauvé de justesse par le Docteur Madeleine, sage-femme jugée sorcière par toute la ville, il grandit à l’écart de ses contemporains jusqu’à l’âge de dix ans. La particularité de Jack ? Son coeur ayant gelé, Madeleine l’a remplacé par une horloge. Pour survivre, Jack devra toujours suivre trois règles dont la plus importante est « de ne jamais tomber amoureux« . Or, c’était sans compter sa rencontre avec une petite chanteuse sans lunettes qui va littéralement lui retourner les aiguilles…

Tout d’abord, je suis enchantée de la manière dont Mathias Malzieu est parvenu à recréer son écriture poétique et musical en images. Que ce soient les lieux ou les personnages, tous correspondent parfaitement à l’idée que je m’en faisais à l’écoute de l’album. Notons aussi que les personnages de Jack et Miss Acacias ressemblent furieusement à Mathias Malzieu himself et Olivia Ruiz !

Ce film est également emprunt de nombreux clins d’œil culturels que l’on trouvait également dans le roman ou dans l’album : les moulins de Don Quijote qui poussent le long du chemin vers l’Andalousie, por ejemplo !

Chaque personnage est attachant à sa manière et joue un rôle important dans le périple de Jack. Certains sont terriblement drôles, d’autres plutôt effrayants mais tous sonnent justes ! Leurs voix, identiques à celles de l’album, sont également tout à fait adaptées : Grand Corps Malade fait un superbe méchant !

J’ai également beaucoup aimé les graphismes dont le style diffère d’un moment à l’autre : parfois semblables à des dessins d’animation « classiques », ils se transforment en construction de carton lors des voyages en train. Il s’agit d’un film où le visuel est très important, les métaphores y sont distillées régulièrement, multipliant les non-dits plus volontiers suggérés en images. Chacun peut donc le comprendre comme il l’entend. On sent une influence toute Burtonienne, notamment dans la physionomie des personnages.

L’avantage pour les non-initiés, c’est qu’il n’est pas nécessaire de connaître les œuvres littéraire et musicale qui ont précédé ce film. De même, le fait de les avoir déjà lue ou entendue n’enlève en rien le plaisir de les découvrir en images. Il se peut alors simplement que l’on soit plus attentifs à certains clins d’œil qui auraient pu échapper à ceux qui découvrent l’univers de Jack pour la première fois.

Vu cette avalanche de louanges, vous pouvez vous demander s’il n’y a rien à critiquer ?! Je dirais tout de même deux choses :

  1. tout d’abord, Jack me semble un peu jeune pour certaines paroles qu’on lui impute. En effet, dans la chanson de « rencontre » avec Miss Acacia, il s’exprime comme un adulte amoureux et non pas comme un petit garçon de dix ans ;
  2. le créneau « enfants » dans lequel le film a été placé dans mon cinéma bruxellois ! Bien sûr, l’oeuvre a été adaptée à un public plus enfantin [avec la disparition de la chanson, Cunnilingus mon amour, pour mon plus grand désespoir] mais je trouve néanmoins qu’il s’adresse tout autant, voire davantage, à des adultes ! Je doute que les enfants comprennent l’entièreté des métaphores et autres suggestions qui sont faites tout au long du film ! Dès lors, une programmation en soirée aurait été on ne peut plus souhaitable ! Parce que bon, cela va sans dire qu’il n’est pas hyper évident de toucher un public d’adultes avec une séance, le samedi, à 17h15 !

Mais ces légers points de détails ne doivent absolument pas vous empêcher de profiter de ce petit chef d’oeuvre ! Je n’ai donc plus qu’une chose à vous dire… Foncez le voir !! 🙂

Pour vous mettre l’eau à la bouche, un petit extrait de la rencontre :

Ma note : 

love5

Lee Daniels’ The Butler [Cinéma]

Aujourd’hui, à défaut de parler littérature, je vais vous parler cinéma ! Mercredi, je suis allée voir Le Majordome, nouveau film de Lee Daniels (Precious, Paperboy). Celui-ci s’inspire de la vie d’Eugene Allen, ancien majordome de la Maison Blanche pendant 34 ans. Dans ce film on retrouve, entre autres, Forest Whitaker, Oprah Winfrey, Robin Williams et Lenny Kravitz.

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Le héros, Cecil Gaines, a grandi dans les champs de coton du sud des USA dans les années 20. A la mort de son père, il est recruté comme « nègre de maison », condition plus enviable que celui d’ouvrier dans les champs de coton. Au fil des années, à force de travail et d’abnégation (et grâce à certaines bonnes rencontres), Cecil gravit les échelons jusqu’à entrer au service de la Maison Blanche. Là, il est le témoin des grandes discussions politiques et des questionnements des différents présidents qui se succèdent à la tête des USA. Ces années de service sont aussi celles des grandes révolutions raciales aux USA : Cecil est alors pris entre deux feux, les positions de ses employeurs et celles de ses amis et de sa famille. Comment éviter de se faire renvoyer quand son propre fils devient l’un des fers de lance de la rébellion afro-américaine ? Quelle position tenir face à ces blancs qui ont tous les pouvoirs ? Quelle image Cecil renvoie-t-il à ces hommes politiques qu’il fréquente tous les jours ?

La question de la ségrégation est à la mode actuellement ! Elle a par exemple été largement abordée dans La Couleur des sentiments. En règle générale, j’aime beaucoup tout ce qui se rapporte à l’histoire contemporaine, principalement du monde occidental (films, romans, etc.). Sans doute parce qu’on en subit encore actuellement les conséquences et donc, j’arrive mieux à l’appréhender que l’histoire plus ancienne ou plus lointaine.

La question de la haine raciale aux Etats-Unis m’a toujours intriguée : comment un pays basé sur le brassage des cultures a-t-il pu rester aussi longtemps et profondément raciste envers les personnes dites « de couleur » ?! Le film rend assez bien compte de l’hypocrisie dont faisait preuve une grande partie de la population : notamment, à travers les relations qu’entretiennent les Blancs de la Maison Blanche avec leurs domestiques. Ils les prennent pour des confidents, leur imposent de feindre l’intérêt ou la pitié alors qu’ils ne supportent pas de manger à la même table qu’eux. Le film montre également très bien à quel point ce sentiment d’infériorité était fortement ancré dans l’esprit des plus anciens : ainsi, Cecil a beaucoup de mal à remettre en cause sa situation, à oser demander plus de considération à son patron. Il est heureux de ce qu’il peut recevoir. Il prend la rébellion de son fils comme un manque de respect vis-à-vis de son pays.

Cecil est terriblement attachant et il est intéressant de voir comment évoluent sa pensée et ses relations avec son fils aîné durant toutes ces années. J’aime également le fait que le réalisateur montre à quel point la vie de Gloria est similaire à celle de n’importe quelle « Desperate White Housewife » : ses centres d’intérêts, ses soirées entre amis, sa désagréable manie de noyer son ennui dans l’alcool, etc.

J’ai aussi aimé découvrir l’évolution des mouvements de rébellion qui se sont formés autour de Martin Luther King : comment ils sont passés des Freedom Riders aux Black Panters, etc. même si tout cela est à peine abordé dans ce film. C’est encore un pan de l’histoire que je connais assez mal.

Bref, j’ai adoré ce film et vous le conseille vivement  !

Ma note : 

love5

Raiponce (Walt Disney)

Hier soir, j’ai eu une petite envie de retomber en enfance. Alors, quoi de plus radical que de regarder un bon Walt Disney ?!

(non, ce n’est pas un livre, mais vous verrez… à côté de mes lectures, je tente aussi d’améliorer ma culture cinématographique ! Oui oui, un Disney, c’est de la culture ! On ne critique pas !)

J’avais entendu beaucoup de bien de Raiponce et ça faisait un moment que le film traînait à la maison. J’ai donc convaincu le Chéri de le regarder (j’ai presque dû avoir recours à mes yeux de Chat Potté).

Raiponce est un vrai Walt Disney comme ceux que l’on regardait quand on était petits : vilaine sorcière, jolie princesse qui transforme un vilain voleur en prince charmant (oui, comme dans Aladdin), chansons et danses, faux méchants (le pianiste au crochet ou le vieux Cupidon bourré), etc. J’ai beaucoup aimé ce dessin animé : avec une standing ovation pour Pascal, le Caméléon qui est « hyper mignooooon » (oui, ça fait greluche, mais c’est pas grave, j’ai craqué !). Maximus m’a également fait beaucoup rire : il n’avait pas encore fait le deuil de sa vie de chien, le pauvre. C’était donc un très bon moment de détente !

Alors, bien sûr, on pourrait critiquer certains passages un peu niais, d’autres qui sont courus d’avance (ex: le « presque baiser » sur la gondole), la morale bien pensante autour du besoin d’émancipation de Raiponce, … Mais c’est ce qui fait le conte de fée ! Et rappelons-nous aussi qu’il n’est pas destiné qu’aux adultes mais aussi, et surtout, aux enfants ! Personnellement, ça m’a fait du bien de renouer avec ces plaisirs presque oubliés, Raiponce est donc une réussite ! 

Par contre, là où je ne suis pas d’accord, c’est sur les cheveux de Raiponce ! Elle a beau être jolie et princesse, le coup du « je-te-coupe-les-cheveux-à-l’arrache-mais-tu restes-absolument-canon » c’est un peu fort de café ! 😉

Ma note :