La Ballade de Lila K de Blandine le Callet

Cela faisait un bon moment que ce livre aux nombreuses critiques positives me tentait. Il n’a pas été facile à dénicher d’occasion, mais j’ai fini par me le procurer ! Une amie me faisait remarquer que les titres du Livre de Poche estampillés « Prix des lecteurs » étaient souvent des valeurs sûres. Je n’avais jamais fait fort attention mais j’ai remarqué que plusieurs de mes derniers coups de cœur en faisaient partie, depuis je cherche plus facilement cette mention en librairie.

Couverture La Ballade de Lila K

La Ballade de Lila K nous fait faire un bond en avant dans le temps d’une centaine d’années. La France semble être devenu un état sécuritaire scindé en deux : la « Zone », terre hostile séparée par une frontière surveillée militairement où sont concentrés les terroristes et les marginaux et l’Etat civilisé, à l’intérieur des frontières. On y fait la connaissance d’une petite fille qui a été substituée à la maltraitance de sa mère pour être placée dans un Centre, géré par l’Etat, où elle va être rééduquée afin de pouvoir intégrer la société à son dix-huitième anniversaire. On suit alors son évolution, de l’enfance à l’âge adulte et surtout, sa prise de conscience face au fonctionnement de cette politique autoritaire.

Le personnage de Lila est très attachant : c’est une petite fille profondément asociale qui a vécu la première partie de son existence enfermée dans un placard, sans voir la lumière du jour et se nourrissant essentiellement d’aliments pour animaux. La seule personne avec qui elle avait des contacts humains était sa mère. Mais Lila est surtout beaucoup plus intelligente que la moyenne, ce qui va pousser les administrateurs du Centre à lui proposer un programme d’apprentissage spécifique. Malheureusement, la petite fille semble vouée à voir disparaître toutes les personnes à qui elle ose s’attacher, ce qui la pousse à limiter encore d’avantage son ouverture vers les autres. C’est aussi une parfaite manipulatrice qui parvient à contourner la plupart des règles pour arriver à ses fins. Les personnages qui entourent Lila, quant à eux, ont tous un rôle à jouer dans son évolution ou dans sa quête. Aucun n’est là pour meubler le décor.

La société dans laquelle Lila évolue est particulièrement autoritaire : chaque lieu, qu’il soit public ou privé, est équipé de caméras de surveillance reliées à la cellule centrale. Tout est régi par l’Etat que ce soit le régime alimentaire des citoyens, le nombre d’enfants qu’ils peuvent voir, les nombre d’animaux domestiques, … jusqu’à la fréquence des relations sexuelles. Oui, ça fait peur ! Bien sûr, comme souvent dans les fictions se déroulant dans des sociétés particulièrement autoritaires, les livres sont voués à disparaître. Ici, ce serait pour une raison de santé publique (les livres, c’est dangereux, ça rend les gens malades). Ils sont donc remplacés par des grammabooks (des livres électroniques) dont le contenu peut plus facilement être modifié pour correspondre aux nouvelles décisions étatiques.

Ce roman est avant tout un roman d’apprentissage : celui d’une petite fille qui réapprend à vivre en société et qui tente de découvrir les raisons pour laquelle elle a été arrachée à sa mère. On peut dire qu’il est assez addictif puisque je l’ai dévoré en deux jours. Ce qui m’a plu, c’est le fait que Lila s’adresse directement à son lecteur (dont l’identité est dévoilée à la fin du roman), ce qui nous implique davantage dans la lecture. Cela peut néanmoins être parfois un peu déroutant, notamment lorsqu’elle évoque des faits que son lecteur est censé connaître mais que nous ignorons complètement.

La seule chose que je pourrais reprocher à ce roman, c’est qu’il reprend des clichés déjà largement éculés dans les romans d’anticipation : par exemples, la surveillance audio et vidéo (Big Brother is watching you) ou la destruction systématique des livres. Il y en a peut-être d’autres mais je ne suis pas suffisamment lectrice de ce genre de littérature pour pouvoir les déceler. Je trouve cela dommage car cela donne un air de déjà vu/lu au roman alors que le reste de l’intrigue est plus original.

Mis à part cela, je n’ai rien à redire sur ce joli roman qui m’a fait passer un agréable moment de lecture. C’est le premier livre de cette auteure que je lis mais je pense bien en découvrir d’autres.

Ma note :

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La Princesse des glaces de Camilla Läckberg

J’ai commencé ce mois de juin aux côtés d’Erica Falck, la célèbre héroïne venue du Nord, créée par Camilla Läckberg.

Couverture La Princesse des glaces

J’avais découvert ces romans en 2010, lorsque je tenais le stand qu’André Versaille partageait avec Actes Sud sur la Foire du Livre de Bruxelles. J’avais surtout été attirée par les couvertures de cette saga et par le fait que j’avais adoré le tome 1 de Millenium (et vu qu’à l’époque, on les comparait beaucoup…). Malheureusement, j’étais alors une étudiante fauchée et un brin radine (ça, c’est toujours le cas), je n’avais pas l’intention de débourser 25€ pour un polar sans savoir s’il allait réellement me plaire. J’ai donc (longtemps) attendu la sortie de ce premier tome en poche, qui a ensuite patienté de longs mois dans ma bibliothèque avant que je me décide à l’ouvrir. Ma curiosité s’était tassée.

Trêve de bavardages, passons aux choses sérieuses ! Dans ce roman, la petite ville paisible de Fjällbacka est secouée par la découverte du corps sans vie d’Alex Wijkner, l’ancienne enfant adorée du pays dont le meurtre a visiblement été maquillé en suicide. C’est Erica, sa meilleure amie d’enfance aujourd’hui devenue écrivain qui, appelée à l’aide par l’homme à tout faire, trouve son cadavre. Elle s’embarque alors malgré elle dans l’enquête qui pourrait bien devenir l’objet de son nouveau roman. C’est par ce biais qu’elle rencontre Patrick Hedström, l’inspecteur chargé de l’enquête mais aussi son ancien chevalier servant.

Parallèlement à l’enquête policière, nous suivons l’évolution personnelle et familiale d’Erica, ce qui donne une touche plus féminine au polar et qui a certainement largement contribué au succès de cette saga. J’ai bien aimé le personnage d’Erica, une femme ordinaire avec ses complexes et ses problèmes de la vie quotidienne, bien loin des super héroïnes qu’on a souvent l’occasion de voir ! Par contre, je trouve que nos amoureux transis sont parfois un peu nunuches quand ils pensent à leur histoire naissante. Ça dénote un peu avec le reste du roman.

L’intrigue policière, quant à elle, est suffisamment bien ficelée pour qu’on ne devine pas avant la fin l’identité du meurtrier. Néanmoins, l’auteure égraine ça et là des indices permettant au lecteur de mener ses propres découvertes avant qu’elles ne sont confirmées ou infirmées par l’enquête (cf. l’identité de Julia). Je me suis donc facilement laissée prendre au jeu.

Malgré la qualité de l’intrigue, certains points m’ont dérangée tout au long de ma lecture.

  1. Tout d’abord, cette manie qu’ont tous les personnages de se tutoyer même s’ils se rencontrent pour la première fois de leur vie (erreur de traduction ou bien est-ce que le vouvoiement n’existe pas en Suède ?!).
  2. Ensuite, certains personnages étaient encore une fois beaucoup trop stéréotypés (comme souvent, ce sont les méchants, à croire qu’il faut toujours bien enfoncer le clou pour que le lecteur comprenne bien que ce personnage-là, il ne faut pas l’aimer) : je pense notamment à Mellberg, le commissaire fainéant, imbu de pouvoir, crasseux et misogyne ; ou encore à Lucas, le mari violent qui aime asseoir son pouvoir sur les femmes par le biais de sa force physique ; mais aussi, Nelly Lorentz, vieille harpie riche et méprisante.
  3. Enfin, la dernière chose qui m’a particulièrement dérangée (mais là, l’auteure n’y est pour rien), c’est la médiocre qualité de la traduction : entre les fautes de français et les expressions réinventées, j’ai eu plus d’une fois l’occasion d’hausser les sourcils ! Un exemple parmi d’autres : «  […] la fumée monta vers Max qui cligna irrité des yeux. »  Venant d’une maison comme Actes Sud, cela m’a profondément déçue ! Je veux bien comprendre que pour la sortie en grand format du premier tome, ils aient voulu surfer rapidement sur la vague suédoise et n’ont pas finalisé la relecture mais vu le nombre de critiques lues à ce sujet sur Internet, ils auraient pu corriger ça pour la sortie en poche (surtout quand on voit le temps qu’il leur a fallu pour le sortir). J’espère qu’ils auront amélioré ça dans les prochains tomes, sinon je me contenterai de les louer à la bibliothèque ! Franchement, si même les grandes maisons d’édition rognent à ce point sur la phase de correction, je n’ose pas imaginer ce qu’il adviendra de l’orthographe de la population dans les prochaines années ! Un texte de qualité passe aussi par une orthographe irréprochable ! Oui, on fait tous des erreurs, moi la première, mais le lecteur paie aussi pour la correction et c’est le boulot de l’éditeur, sinon à quoi sert-il encore ?

Malgré ces quelques petits défauts, La Princesse des glaces est un roman qui m’a tenue en haleine jusqu’au bout, me faisant retrouver une envie de lire qui avait disparu en cette fin de mois de mai. J’ai hâte de découvrir les aventures de Patrick et Erica dans les prochains tomes !

Ps : si vous souhaitez un aperçu des nombreuses fautes repérées dans le texte, une lectrice en a répertorié quelques-unes ici. J’avoue ne pas avoir eu le courage de me lever de mon canapé pour aller prendre de quoi noter afin de souligner celles que j’avais moi-même remarquées donc je la remercie grandement pour ce travail !

 

Ma note :

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Un jour de David Nicholls

Pour ce roman, j’ai dérogé à l’un de mes grands principes : toujours lire d’abord le roman avant de regarder son adaptation cinématographique ! Il y a donc un peu plus d’un an, je n’ai plus su résister pas à la tentation et j’ai visionné One Day que j’avais bien aimé. Pour ne pas trop m’embrouiller l’esprit entre le film et le roman, j’ai ensuite laissé passer quelques mois avant d’acheter le roman.

Comme je connaissais le gros de l’intrigue et que, n’ayant jamais rien lu de David Nicholls, je pensais que ce serait un roman « facile », j’avais pris la bonne résolution de le lire en anglais. Malheureusement, je n’ai pas su m’y tenir ! Après une centaine de pages, j’ai abandonné : trop d’expressions inconnues (surtout dans les parties concernant Dexter), impossibilité de rentrer dans l’histoire, etc. Bref, je n’étais pas dans les conditions optimales pour profiter de ce roman dont j’avais pourtant entendu beaucoup de bien. Plutôt que de l’abandonner complètement, je me suis tournée vers sa version française et là, en deux jours les 3/4 restants étaient lus !

J’ai beaucoup aimé le principe de retrouver les personnages chaque année à une date fixe, cela me semblait assez original. Par contre, ça apportait une petite dose de frustration à la curieuse que je suis qui aurait bien voulu savoir ce qu’il se passait entre chaque date. J’aimais aussi le fait de suivre Emma et Dexter séparément, ayant par cette occasion leur point de vue personnel sur des événements vécus en commun.

Difficile de ne pas apprécier le personnage d’Emma dans lequel je me suis beaucoup reconnue : une fille un peu paumée, peu sûre d’elle qui n’a aucune idée de la manière dont elle va s’y prendre pour avancer dans la vie. Peu à peu, on la voit prendre confiance en elle pour devenir une jeune femme indépendante et épanouie, ce qui fait réellement plaisir ! J’aimais également beaucoup son goût pour l’ironie.

Dexter, quant à lui, est l’exemple même du personnage qui m’horripile : imbu de lui-même, alcoolique et drogué, quel tableau ! Heureusement qu’il y avait Emma pour redresser la barre sinon je pense que je n’aurais pas achevé le roman. J’aime assez peu suivre les aventures de ce genre de personnages, j’ai du mal à voir ce que ça apporte.

Malgré le fait que j’avais encore une bonne idée du déroulement de l’intrigue principale, j’ai redécouvert avec plaisir l’évolution de cette amitié qui connaît de nombreux bas mais aussi de très jolis hauts. On a l’impression qu’il s’agit souvent d’une amitié à sens unique même si on se rend compte que l’ami le plus dépendant de l’autre n’est pas nécessairement celui auquel on aurait pensé au départ. Certains éléments étaient neufs (ou du moins, ma petite mémoire les avait occultés) ce qui a évité une trop grande impression de déjà-vu.

J’ai trouvé que l’auteur parvenait assez bien à rendre les émotions éprouvées par ses personnages, impliquant le lecteur dans leurs joies ou leur tristesse. Ainsi, je n’ai pas pu empêcher ma gorge de se serrer à la fin du roman.

Un jour est donc un livre assez agréable à lire et je regrette de ne pas l’avoir lu avec un regard complètement neuf, ce qui m’aurait permis de l’apprécier encore davantage.

Ma note :

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